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Instagram tue l'amour


Nous vivons dans une époque où l’amour se photographie avant même de se vivre.

Où certaines relations semblent exister davantage à travers leur mise en scène que dans l’intimité réelle de deux êtres.


Une époque où aimer ne suffit plus toujours : il faut aussi le montrer.

Le rendre visible.

Le rendre désirable aux yeux des autres.


Instagram n’a pas inventé le besoin d’être aimé.

Mais il a transformé l’amour en image.

Et une image, par définition, demande à être regardée.


Alors les relations deviennent parfois des vitrines silencieuses où chacun tente de prouver quelque chose : qu’il est heureux, qu’il est choisi, qu’il est désirable, qu’il vit un amour “réussi”.


Le problème, ce n’est pas de publier une photo de couple.

Le problème, c’est lorsque le regard extérieur commence à prendre plus de place que la relation elle-même.

Quand l’amour glisse doucement de l’expérience vers la représentation.

Quand on commence à penser un moment avant même de le vivre : Est-ce que cela fera une belle story ?


À force d’être observé, l’amour devient performatif.

On ne cherche plus seulement à aimer.

On cherche à ressembler à l’amour.

Et cette logique infiltre tout.

Le dating devient un marché.

Les applications nous apprennent à évaluer les êtres humains comme des produits : taille, âge, statut, revenus, esthétique, nombre d’abonnés.


Le désir lui-même finit par parler le langage du capitalisme.

Comme si aimer consistait à optimiser un choix.

À sélectionner la meilleure option disponible.

Mais l’amour réel ne fonctionne pas comme un algorithme.

Il échappe précisément à ce qui peut être calculé.


On ne tombe pas amoureux d’un chiffre.

On tombe amoureux d’une présence.

D’une manière d’être regardé.

D’un silence partagé.

D’une sensation de sécurité dans la voix de quelqu’un.


Le paradoxe, c’est que nous n’avons jamais autant parlé d’amour, tout en ayant parfois autant de mal à nous rencontrer réellement.

Parce qu’Instagram nous habitue à désirer des images avant de désirer des êtres.

À vouloir des relations visibles plutôt que profondes.

Des relations admirées plutôt qu’habitées.


Le véritable amour, lui, supporte mal la surexposition.

Il pousse dans des endroits moins visibles.

Dans le quotidien.

Dans les gestes qui ne seront jamais filmés.

Quelqu’un qui baisse le volume de la télévision sans qu’on ait besoin de demander.

Quelqu’un qui pense à prendre vos médicaments avant vous.

Quelqu’un qui connaît votre fatigue rien qu’à votre façon de fermer une porte.


L’amour réel est souvent peu spectaculaire.

Il n’est pas toujours photogénique.

Il est lent.

Parfois même banal en apparence.

Mais cette banalité contient une profondeur que les images ne savent pas montrer.


Car aimer longtemps ne consiste pas à maintenir l’intensité des débuts.

Cela consiste à continuer de voir l’autre malgré une forme de quotidien.

Continuer à le rencontrer alors qu’on croit déjà le connaître.

Continuer à protéger sa singularité au lieu de la transformer en décor familier.


Instagram adore les commencements.

Les débuts brûlants.

Les voyages.

Les bouquets.

Les corps parfaits au coucher du soleil.


Mais l’amour véritable commence souvent après cela.

Quand il n’y a plus rien à prouver.

Plus personne à impressionner.

Seulement deux êtres face à la réalité du quotidien.


Et peut-être que l’amour aujourd’hui devient presque un acte de résistance.

Résister à la vitesse.

À la comparaison.

À l’optimisation permanente.


Résister à cette idée qu’une relation doit être visible pour être réelle.

Parce qu’au fond, ce que nous cherchons tous n’est pas quelqu’un qui nous expose.

Mais quelqu’un qui nous voit.

Vraiment.


Et peut-être que l’amour commence exactement là :

quand nous cessons de chercher une relation qui sera admirée,

pour enfin chercher une relation qui pourra être habitée.

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